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Les habitants du Dolpo suivent les rites de la religion bön ou ceux du bouddhisme tantrique. La plupart des villages possèdent un temple appartenant à l’une ou l’autre des pratiques et leurs habitants sont majoritairement adeptes soit du bön soit du bouddhisme. Le village de Bhijer possède lui deux temples et les villageois se répartissent à égalité entre les deux cultes.

 

 

La région de Dho dans la vallée de la Tarap possède plusieurs temples. La plupart sont d’obédience bouddhiste. Un autre est bönpo : la gompa de Deden Phuntsok Ling (Dar rgyas phun tshogs gling) à Shipchok (Srib phyogs). Un dernier : la gompa de Ribo Bumpa (Ri-bo bum-pa) enfin est tout à fait particulière puisque ses murs sont couverts de fresques relevant des deux croyances.

 

Bumpa

 

Certains chörtens ont la forme d’un vase et sont alors parfois appelés bumpas. Le design de la gompa de Ribo Bumpa est inspiré d’un chörten de ce type construit à Samye au Tibet. Ces chörtens servaient souvent de reliquaire.

 

Guru Rimpoche

 

Ribo Bumpa est un monastère nyingmapa, situé au dessus de Dho, dont l’origine selon la légende remonte au Guru Rinpoche (Padmasambhava). Celui-ci se serait rendu dans la vallée de la Tarap pour en chasser une démone. Il la tua, enseigna le bouddhisme à ses habitants et construisit le monastère ainsi que trois chörtens, érigés sur les lieux où reposent la tête et les membres de la démone vaincue par Padmasambhava. Ces bumpa chörtens sont appelés « Les Trois Conteneurs »

Le plus grand des trois se trouve dans l’enceinte de la gompa de Riwo Bumpa à Dho-Tarap, les deux autres se trouvent dans les villages de Lawang et Takshi.

C’est à l’intérieur du grand chörten que le guru aurait scellé les restes de la démone. Ce chörten à base carrée en contient un autre de plus petite taille : entre les deux parois, un passage permettant la cirumambulation est orné de fresques.. Le temple, de grandes dimensions, a été reconstruit en 1955 et repeint par tous les religieux peintres de la communauté.

Selon la légende, Guru Rimpoch prédit que si ces chörtens protecteurs étaient détruits, le lac Phoksumdo déborderait et inonderait la région.

 

Ribo Bumpa
L’intérieur du chörten

 

Jusqu’à nos jours, la majorité des habitants de la vallée du Do-Tarap sont des adeptes de la secte bouddhiste nyingmapa dont le protagoniste principal est Guru Rimpoche. Un plus petit groupe de personnes suit la tradition Bon et vit principalement à proximité du monastère de Shipchok ou à Do.

Ribo Bumpa est le temple du village de Dho, à ce titre il a servi de lieu de culte aux deux ordres nyingmapa et bönpo. IL garde les traces de cette double appartenance. A droite en entrant les murs sont décorés de peintures bouddhistes, à gauche, de peintures bönpos.

 

 

A Dho, c’est l’appartenance à une « maison » qui détermine l’ordre religieux auquel on vient s’intégrer. La maison avant d’être habitée est consacrée par un religieux, elle devient un sanctuaire de la divinité lha qui y réside : si le lha est bönpo, la famille sera bönpo. La jeune femme qui quitte la maison de ses parents, adopte par son mariage la divinité de sa nouvelle maison. Lorsqu’il n’y a pas d’héritier mâle, c’est le gendre qui accepte la divinité de la maison dans laquelle il s’établit.

Il y a un respect mutuel des croyances et une connaissance réciproque des textes religieux. Souvent le texte bönpo est semblable au texte nyingmapa, seuls les noms des divinités et leur descriptionsont différents. Lorsqu’une cérémonie religieuse se déroule dans une maison, les religieux de l’ordre auquel appartient la famille y participent, mais y viennent aussi les religieux de l’autre ordre, s’ils sont parents. Il arrive que les lamas bönpo aident des religieux nyingmapa à interpréter le rituel.

Bönpos et bouddhistes participent ensemble, aux cérémonies religieuses kurim (sku-rim) pour protéger une maison, soigner les maladies etc.

Un incident relaté par Corneille Jest (Dolpo – Communautés de langue tibétaine au Népal), jeta le trouble entre les deux groupes de religieux. En 1940, des propriétaires de Doro Mankhang, les lamas Rinchen, Norbu et Pemba, tous trois de la lignée de la gompa bouddhiste de Nimaphu (à proximité de Dho) et héritiers de certaines terres du village de Lang (Klang), décidèrent que tous les champs de Lang leur appartenaient. Lama Nochung de Tabza, homme influent à Dho dont la mère était originaire de Lang manifesta son opposition à cette revendication. La querelle s’envenima et devint bientôt une querelle entre religieux bönpo et nyingmapa. Des réunions de conciliation au niveau de l’assemblée du village restant sans effet, on demanda l’arbitrage de Nyima Tsering à Nankhong. Il donna raison à lama Nochung donc aux bönpos. L’assemblée du village décida alors d’offrir, le dernier jour du 6è mois, une cérémonie pour se concilier les divinités bouddhistes et bönpos au temple de Ribo Bumpa. Les religieux des deux ordres s’y réunirent en présence du lama bönpo de Pugmo. Au cours de celle-ci, un texte bönpo fût lu devant l’assemblée . Le lendemain de la cérémonie, il y eut une chute de grêle et la foudre tomba sur une maison. C’était évidemment un mauvais augure car, ce fait ne s’était jamais produit à Dho protégé par le chörten reliquaire de son temple ! Par divination faite par Kagar Rimpoche, un bouddhiste, on découvrit que les divinités bouddhistes avaient été offensées par la lecture du texte bönpo dans le temple de Ribo Bumpa. Il fut alors décidé que bouddhistes et bönpos offriraient dorénavant les cérémonies du dernier jour du sixième mois, les uns à Ribo Bumpa et les autres à Shipchok.

Une autre histoire est racontée par Nagru Geshe Gelek Jinpa, un religieux bön, dans son livre Bön in Nepal. Selon ses dires, un rituel annuel : le Shenrab Nampar Gyalwa, dédié à Nampar Gyalwa (une forme de Tönpa Sherab) se déroulait à Ribo Bumpa. Ce rituel élaboré était suivi par tous les villageois bönpos ou bouddhistes. Les premiers s’asseyant à droite et les autres à gauche, les prières étant récitées à tour de rôle Le rituel durait plusieurs jours et pendant ce temps là les bönpos devaient s’abstenir de consommer de la viande, de l’ail, de l’oignon et de l’alcool. Comme il s’agissait d’un rituel bön, les bouddhistes n’étaient pas tenu de respecter ce vœu. Ceci entraîna des tensions et graduellement la tradition changea, bouddhistes et bönpos préférant assister à des rituels séparés.

 

On retrouve sur l’un des murs de la gompa, une
fresque représentant un ensemble de maîtres et divinités bönpo


 

Au centre, Nyamme Sherab Gyaltsen Nyam(1356-1415), le célèbre moine, fondateur du plus prestigieux monastère bön celui de Tashi Menri. Les mains croisées devant son cœur, il tient les tiges de deux lotus fleurissant au dessus de ses épaules. A droite, posé sur la fleur et pointant vers le haut, l’épée de la sagesse couronnée de flammes et à gauche un livre saint – les deux symboles arborés par Mawe Sengge, le dieu de la connaissance, l’équivalent de Manjushri (Jampelyang) chez les bouddhistes. Sa tête est coiffée du traditionnel chapeau des lamas böns à pétales de lotus.

 

Nyamme Sherab Gyaltsen

 

A sa droite, Kunzang Gyalwa Dupa, est une divinité paisible représentant les pouvoirs et forces de toutes les grandes divinités bön.  Assis en posture de méditation, couronné et orné de bijoux, il possède cinq faces et dix bras. Les syllabes A et MA ou les symboles de la lune et du soleil, ornent ses mains centrales.

A sa gauche, Tritsug Gyalwa. C’est le nom porté par Tonpa Shenrab, le fondateur du Bön, à la fin de sa vie, quand il renonce à son héritage mondain et devient un ascète errant. Il est ainsi représenté dans son apparence de bouddha.

 

Kunzang Gyalwa Dupa
Tritsug Gyalwa

 

Sur la rangée du haut, on reconnaît, de droite à gauche : une dakini, Padmasambhava, Drenpa Namkha, Tsewang Rigdzin, une autre représentation de Drenpa Namkha en union mystique avec son épouse Öden Barma, puis à nouveau deux dakinis. En plus petit au centre, Samantabhadra en union yab-yum et en dessous Sherab Chamma

 

 

A droite du trône de Kunzang Gyalwa Dupa, monté sur un lion des neiges, le protecteur Machen Pomra (Machen Gyalmo ou Amnye Machen). Tenant une bannière et un précieux joyau. Habillé comme un soldat avec casque et armure, chevauchant un lion des neiges.

 

 

L’Amnye Machen (ou Amne Machin) 6282 m, est le point culminant d’un massif, entouré par une grande boucle du cours supérieur du fleuve jaune. Il constitue l’extrémité orientale de la chaîne des monts Kunlun. Il est situé dans la région sud-est de l’ancienne province de l’Amdo. aujourd’hui placée sous la juridiction de la Préfecture autonome tibétaine de Golog dans la province chinoise du Qinghai. . Le massif est depuis des temps immémoriaux une montagne sacrée et un lieu de pèlerinage pour les populations goloks. L’Amnye Machen est considéré comme la résidence de Machen Pomra, la plus grande divinité locale. La montagne est un dieu du terroir (yul lha). Il lui est rendu hommage, ainsi qu’aux trois cent soixante dieux secondaires dont il est le chef, par de nombreux pèlerins qui parcourent les quelque 180 km du circuit de circumambulation autour du mont.

 

Machen Pomra, monastère bön de Bongya (Menri Shedrub Mindroling), Amdo
Amnye Machen

 

Dans la rangée du bas, au centre est représenté le yidam Walse Ngampa. Cette divinité est l’objet d’un culte important. Il possède neuf têtes la première rangée de trois étant de droite à gauche, blanche, rouge et bleue ; la rangée du milieu est représentée par des têtes de tigre, lion et léopard et la rangée supérieure par des têtes de dragon, garuda et makara. Il possède dix-huit bras brandissant de nombreuses armes. Son corps est de couleur bleue. Il est enlacé par sa compagne au corps de couleur verte sombre, Ngammo Yunchen.

 

Walse Ngampa – gompa de Thegchen Rabgye Ling – Pugmer

 

Il est entouré par quatre protecteurs du Bön : A droite, Nyipangse et Drabli Gyalmo. A gauche : Sipai Gyalmo et le rouge Tsen Apse.

 

Nyipangse est associé avec le Zhang zhung. C’est la divinité protectrice des enseignements connus sous le nom de Dzokpa chenpo Zhangzhung, la transmission orale des enseignements de Zhangzhung. La demeure de Nyipangse est le sommet du Mont Meru, mais sa montagne cosmique est le mont Tise (Kailash). Nyipangse est représenté comme un puissant roi, habillé de robes blanches, portant un turban blanc et chevauchant un cheval blanc. Il tient une bannière de soie blanche.

 

Nyipangse, Thasung Tsholing Gompa, Ringmo

Drabli Gyalmo (Dralé Gyalmo), « la reine des divinités guerrières » est également appelée Gangkar lhamo, « la déesse de la neige blanche ». Son lieu de résidence serait la montagne Gurla Mandhata (Takri Trawo – Stag ri khra bo – Nemona Nyi – Gnas mo sna gnyis ) 7728 m, au Tibet à proximité du Mont Kailash. A proximité de cette montagne, se trouve le lac Langa Tso (Rakshastal), le « lac de l’âme » (Latso) de Dralé Gyelmo, également nommée dans la langue du Zhang Zhung : Tsatsa Mé/Mutsa Mé (femme des paradis) ou Muting Tsamé ( femme du lac turquoise). Selon certain textes religieux böns, la déesse réside sur une montagne « empoisonnée » ?, au milieu du lac.

La montagne Gurla Mandhata vue du Langa Tso

 

Sipai Gyalmo (Reine du monde), souvent abrégé en Sigyal) est une des figures les plus honorées de la religion bön. C’est tout à la fois une divinité de méditation et une protectrice. Elle possède six manifestations (blanche, jaune, rouge, noire, bleue et marron foncé) et vingt huit divinités secondaires composent son entourage. Elle est la manifestation terrible de Sherab Chamma.

Dans son aspect le plus commun, féroce, de couleur bleue ou noire, elle a trois faces et six bras tenant armes et attributs de pouvoir.. les trois mains droites tiennent une bannière de victoire, une épée enflammée et un pieu. Les mains gauches tiennent un trident, un bâton magique marqué de la svastika et une coupe crânienne remplie de sang.

Elle chevauche une mule rouge ou noire, assise sur une peau humaine et entourée de flammes.

Elle est évidemment très similaire dans sa représentation à la déesse bouddhiste Palden lhamo.

 

Sipe Gyalmo, gompa de Tata

 

Tsen Apse appartient à la classe des divinités tsen (btsan). Représentés comme de féroces cavaliers en armure, tenant divers attributs guerriers.

Son attribut le plus caractéristique est un hibou qu’il tient de la main gauche. A droite il brandit une épée, un lasso ou une lance.

 

Tsen Apse, gompa de Dechenling (bDe chen ling) Pugmer

Les
autres fresques peintes sur les murs de la gompa ainsi que les
statues relèvent toutes de la tradition bouddhiste tibétaine et
plus spécifiquement de l’école Nyingmapa.

 

Quelques photos prise à l’intérieur de la gompa illustrent ce fait.

 

Le bouddha Shakyamuni entouré de ses deux disciples
Avalokiteshvara (Chenrezi)
Samantabhadra (Adi Buddha) entouré des divinités paisibles du Bardo
Chemchok Heruka entouré des divinités terribles du Bardo

Bibliographie
  • Dolpo – Communautés de langue tibétaine au Népal, Corneille Jest, Cahiers népalais, éditions du CNRS 1975.
  • Bön in Nepal, Traces of the great Zhang Zhung ancestors in the himalaya, The light of the history of existence, de Nagru Geshe Gelek Jinpa, Carol Ermakova and Dmitry Ermakov eds.

Crédit photos Pierre Martin